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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 02:00

Tu passes tes journées à apprendre. Je passe les miennes à essayer de comprendre.

Dormir. Finir aujourd'hui. Aller au lit épuisé. Sa mission accomplie.

Mais tu ne veux pas. Je suis plus fatigué que toi. Je marche de la chambre à la cuisine en traversant le salon. Puis de la cuisine à la chambre. Et encore vers la cuisine. Au rythme de mes pas, tu agrandis la tâche de bave sur mon t-shirt.

Je passe devant le miroir du couloir. Tu es une si petite chose dans mes si petits bras.

Je passe devant le miroir, et je vois tous ceux que j'ai vu avant moi essayer d'endormir un bébé. Je les vois un par un, je rembobine dans l'ordre anti-chronologique. Mon frère, mon ami, mon beau-frère, mon amie, mon cousin, ma tante. Et puis je vois aussi tous ceux que je n'ai pas vu. Mon père, ma grand-mère, sa mère. Un fil nous y lie.

Chacun d'eux avait ces yeux frémissants en face des leurs. Ce souffle irrégulier, qui se hâte parfois. Cette peau délicate. Chacun voyait la dépendance d'un jeune enfant. Chacun mesurait sa responsabilité. Chacun, épuisé, souhaitait qu'il dorme. Pour passer à autre chose. Passer au lendemain. Faire défiler le temps.

Et pourtant, pas de temps à perdre. Ces yeux-là, c'est maintenant.

Ils sont là, fixés dans les miens. Les miens mi-ouverts, mi-cernés. Les tiens très ronds, assoiffés, ceux de ta mère. Nous voilà tous les deux fixes, graves.

Je te dis: "Tu te rends compte qu'elle est belle cette image?" Tu ne dis rien.

Derrière, ta mère dis quelque-chose. On ne l'entend pas.

Passons à demain, tu veux bien?

 

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Published by Ugo
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