De l'été au printemps, avec ces feuilles mourrantes, puis leurs filles bourgeonnant.
De l'été au printemps, avec ce soir de novembre et ce matin de janvier où je découvrais que la neige était tombée. Là, dehors.
De l'été au printemps, avec ce jour au quai du Wault, cette
nuit dans des draps lavandes, ces jours à regarder le ciel.
De l'été au printemps, avec cette odeur de goudron chaud, qui revient, et qui émeut.
De l'été au printemps, et ces photos colorées stockées dans la tête.
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Un an, c'est à peine de quoi se faire des souvenirs.
Un an, l'emménagement, quelques grands ménages, puis le déménagement.
Un an, au rythme des dates de péremption.
Un an, au rythme des dossiers à rendre.
Un an, au rythme des machines à laver.
Un an, au rythme des chargements de photos.
Un an, et 7 éponges à vaisselle successives.
Un an, gravé dans les souvenirs d'une vie.
Un an, dans cet appartement rue du Sabot.
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Ben oui, j’ai toujours dit « faire » la vaisselle.
Pour moi, la « vaisselle » désigne la tâche et non l’ensemble des ustensiles, assiettes et couverts qui sont en vrac dans l’évier.
Exception, aujourd’hui, j’ai délicieusement laissé s’accumuler la « vaisselle ». « Délicieusement » désignant le processus d’accumulation et non la vue de l’évier rempli et dégoulinant.
3 repas sont superposés : le dernier étant le réchauffé du premier. Et, entre les deux, le repas le plus important de la journée.
24 heures de vaisselle à faire avec plaisir et méditation. Qu’est-ce qui m’empêche de garder ce rythme lent et délicieusement déraisonnable ?
La réponse ne tarde pas à venir.
Oui, un œil qui gratte en phase de désinfection. « Désinfection » étant à appliquer à la vaisselle, et non à l’œil. La « vaisselle » désignant le processus et non l’ensemble des ustensiles,
assiettes et couverts qui sont en vrac dans l’évier.
Un œil qui gratte donc, quand on a les mains savonneuses ne gratte que 40 secondes au cours d’une vaisselle raisonnable s’inscrivant dans un processus régulier d’un seul voire un repas et demi. «
La moitié de repas état à considérer pour le repas le plus important de la journée. « Important » se rapportant dans l’adage aux vertus nutritives et énergétiques, et non à la masse de vaisselle à
venir. Et non de « vaisselle » accumulée, dans l’évier.
Au bout de 6 minutes, un grattement ne quitte plus un œil. On a beau jeter toute l’énergie de grattement canalisée durant la vaisselle (la tâche, pas l’évier) sur l’œil à problème, on n’amènera pas
la paupière gauche au niveau de quiétude de son homologue libérale.
Et dire que certains font plusieurs fois par jours, tous les jours, pendant des années, la vaisselle pour trois.
Le temps aide à la quiétude, alors attendons.
Mais qu’est-ce que c’est ce plan de travail ? Et qui a pu dégueulasser comme ça les plaques chauffantes ?
C’est moi. « C’est moi » répondant littéralement à la seconde question. Libre à vous de faire une entorse au bon sens en l’attribuant également en réponse à la première question. Libre à vous.
Changeons d’éponge, pour celle des plaques. Changeons de produit, pour la crème javel Champion. Grattons-nous bien les yeux tant qu’il en est encore temps. Et allons-y.
Un temps encore propice à la méditation, entre deux tâches. La vaisselle et les plaques.
La vaisselle et les plaques terminées, les mains font le tour du visage.
Tempes, front, cheveux. Sourcils, paupières, repose-lunettes.
Et là.
Entre le repose-lunette et le nez à proprement parlé.
Entre les plaques et les ustensiles à sécher.
Là, cette odeur de javel, de chlore.
Ces vacances enfantines. A l’herbe, aux barrières de bois et aux sandwichs mietteux. Ce Papa, cette Maman, et ses mots croisés. Ces bouts de serviettes mouillées au maillot de bain. Ces cours de
plongeon improvisés et ces bouées à louer. Les frites dans le grand bain et les concours d’apnée.
L’odeur du chlore dans ces petites mains ridées.
Et la javel dans ces grandes mains sèches.
Et la rentrée qui a suivi sentait aussi un peu la javel. Celle qu’on met dans les couloirs où les enfants marchent de la terre plein les pieds. Cette odeur de rentrée, de premières récrés. Le CM1.
Et ce cahier d’exercices.
Ce jour-là, il était question de trouver des alternatives au mot « faire ». Fier 3e de ma classe, et toujours premier à terminer les contrôles et exercices, je réussissais avant tout le monde à
remplacer « faire » par « prendre » des photos, « écrire » un livre, « cuisiner » un plat. Et même le bonus : « donner » un cours.
Mais mes camarades avaient tout de même terminé avant moi.
Tous.
Il me restait une expression.
Une expression et une boule à la gorge.
J’ai jamais réussi à « laver » la vaisselle.
Pour moi, la « vaisselle » désignait la tâche,
Et non l’ensemble des ustensiles, assiettes et couverts en vrac dans l’évier.
Participation au défifoto,
Sur le thème "Regards d'enfants"
Vous être très agacé(e) de ne pas voir la ligne éditoriale? Vous voulez faire bouger tout ça? Vous n'êtes pas du
genre à vous laisser faire? Vous souhaiteriez me draguer de manière personelle? Vous avez besoin d'un homme
comme moi pour faire de grands posters avec un graphiste comme vous?