Jeudi 22 janvier 2015 4 22 /01 /Jan /2015 00:00

Il gagnait 3500 euros brut mensuels maintenant. Bon, il était tranquille. Il travaillait bien, plutôt beaucoup, ses collègues le trouvaient assez agréable, volontaire, à part certains jours forcément, souvent des jeudis. L'assurance chômage tranche B était au taux de 2,4000%. Les charges patronales pour la formation continue s'élevaient à 56,00€. Il fallait déduire 31,88€ au titre de la retraite AGIRC TB. Ce mois-ci, il avait demandé à se faire rembourser 68,62€ de note de frais.


Ce jour-là, il partait au travail plus tard qu'elle, et reviendrait quand elle serait déjà endormie. Alors il avait retourné son bulletin de paie et avait écrit au marqueur en minuscules:

"je t'aime!

à cette nuit!

ton amour."

 

Recto-verso, ce bout de papier résumait assez bien M. Ponte.

Par Ugo - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Samedi 10 janvier 2015 6 10 /01 /Jan /2015 00:00

Ca a commencé avec les plages l’hiver. Tu avais adoré aller à Concarneau en Février. Ca te donnait l’impression de mieux saisir les choses. Pas avec le brouhaha, pas avec les vacanciers, pas avec les vendeurs de glaces, les churros, les ballons en plastique sont dégonflés.

 

Alors tu as adoré aller à ton premier entretien d’embauche à pied, au lieu de prendre le métro. Pour 16 stations, tout le monde n’aurait pas fait la même chose que toi. On t’a demandé comment tu étais venu, tu as répondu à pied. Ah, tu habites pas loin? Si, pourquoi? Tu n’as pas eu le job, tu n’as pas su pourquoi.

 

Quand tu t’es rendu compte que 95% de tes collègues portaient des Jeans, tu étais heureux de faire partie des 5% restants. Ca a continué avec les Nokia 3310, que tu continuais à utiliser en 2009. Tu n’es pas vraiment végétarien, juste, tu ne manges pas de viande rouge. Tu as fait un enfant plus tôt que les autres. Si tu avais continué le foot, tu aurais été arrière-gauche, remplaçant.

 

Quand tu t’achètes un maillot de foot, tu prends le maillot extérieur.

 

Pourquoi tu fais ton original?

Tu réponds que tu tentes des solutions alternatives pour être heureux. La plupart des gens ont l’air malheureux, et pourtant tout n’est pas à jeter. Il y a peut-être un seul élément à changer. C’est probablement comme ça que tu trouveras la formule.

 

Vivre dans une maison verticale plutôt qu’horizontale. Boire systématiquement de l’eau pétillante plutôt que plate. Ne pas avoir de table à repasser. 

Par Ugo - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Vendredi 2 janvier 2015 5 02 /01 /Jan /2015 00:00

Bah ça y est, la soirée commence.

 

Pinte à la main, tu vois la pub dans l’écran du bar comme un truc très réel. La fille jour au ping pong contre 4 mecs à la fois, puis elle gagne, les mecs s’énervent. Ce blond te parle encore de son métier intéressant. Tu penses à tes parents, à ton père, à son air sévère, son visage, qui te paraît loin, étranger, tu te demandes si c’est ton père. Les mecs de la pub se mettent à se battre, mais la fille les défonce, ils sont 4, elle est 5 fois plus rapide qu’eux à contrer leurs attaques, et elle trouve des éléments du décor pour les mettre K.O.. Ce mec est intéressant, oui, vraiment, mais quand même tu vas y aller. Tu te vois déjà pisser dans tes toilettes, puis prendre une douche, tu te vois te sécher, te mettre dans ton lit. Tu es dehors, on te propose un pétard, oui. Tu tires. Ta sœur, ta sœur lointaine, étrangère. Tu te dis que tu vis encore ce moment, peut-être encore pour la dernière fois, peut-être que c’est ce moment qui te reviendra en tête quand vieux tu penseras à ta jeunesse. Le pétard fait 3 tours dans ta tête, il a déjà fait presque un tour dans l’assemblée. Ca va être encore à toi. Il est tard, tu vas y aller, mais tu es bien. C'est drôle, ce mec a l'air de te réclamer ton attention, tu sens qu'il va pas te lâcher. C'est flippant, mais intéressant. 30 tours dans ta tête. Tu penses à toi-même. Ton propre visage, ton corps te parais loin, étranger.

 

Rentre, va, non?

Par Ugo - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Samedi 20 décembre 2014 6 20 /12 /Déc /2014 00:00

Oui

Chez sa grand-mère à 5 ans, on lui parlait mais elle rêvait. Elle passait son regard sur les éléments du décor. Des chats en porcelaine, des chats en point de croix, des chats en théière, des chats en vrai. La grand-mère aimait les chats, puis la grand-mère est morte. Elle s’est dit “c’est tout?”

 

Elle était au musée, il y avait des objets dont personne ne s’était réellement servi depuis des centaines, des milliers d’années. Sous ses yeux à elle. C’est vertigineux, elle se disait. Elle demandait pour chaque objet quand il avait servi pour la dernière fois, et combien de temps il avait fallu pour le fabriquer. On ne lui répondait pas toujours. On lui demandait principalement d’être sage et de ne pas parler fort. Elle se demandait, “c’est tout?”

 

Elle apprenait la façon dont on écrit les chiffres. “C’est particulier ça”, elle s’est dit, écrire des chiffres. Peut-on chiffrer des mots? L’exercice se résumait à mettre bout-à-bout 3 wagons colorés sur lesquels étaient inscrits des chiffres en lettres, pour former un chiffre en chiffres donné dans l’énoncé de l’exercice. Donc, pour “136”, il fallait mettre d’abord le wagon “Cent”, puis le “Trente”, puis le “Six”. Ainsi pour “203” et “510”, et on pouvait aller en récréation. “C’est tout?”

 

Dans la classe, on s’était organisé pour elle. Elle n’avait plus qu’à aller au rendez-vous, flâner au centre commercial avec le garçon, se laisser offrir un Orangina, puis accepter de l’embrasser. Elle l’a appelé son amoureux pendant le reste de l’année scolaire. C’est quand l’excellence? C’est pas maintenant les choses folles? Mais non, c’était tout.

 

Quand après l’examen, elle a partagé ses réponses avec les autres, fait part de ses problématiques, on lui disait qu’elle se posait trop de questions. Qu’elle aurait encore une bonne note et que c’était tout. Elle a eu une mention, fait une classe préparatoire, puis des études brillantes. Elle se demandait si vraiment ce serait tout.

 

Sa vie commençait enfin. Elle avait un travail, un salaire, un appartement, un copain, une ville où habiter, des commerces où aller, des amis à qui raconter tout ça. Ce que les gens raisonnables appellent “une situation”.

 

Ce n’était pas tout. Il fallait qu’elle fasse des petits-enfants à ses parents. Un fils à son mari. Il est né un 14 Octobre. Ca devait la rendre heureuse, elle devait le rendre heureux. C’était tout.

 

Elle se demandait de moins en moins si elle allait être transcendée dans sa vie, car visiblement c’était tout.

 

Elle revenait en train d’Avignon, le 20 août. Son fils lui demandait ce que c’était là. Elle répondait les chevaux. Et là? Là, c’est le Rhône. Et là les camions? Oui, les camions. On va vite! Oui, on va vite. Il se demandait la distance qu’on parcourait. Et par rapport à la distance entre la maison et l’école? Et par rapport à la longueur du chemin à vélo? Elle lui demandait d’être calme et de se tenir tranquille. Le plus simple serait probablement d’arrêter de s’exprimer et d’entamer un dessin. “C’est tout?” se demandait l’enfant.

 

Elle n’osa pas lui répondre.

Par Ugo - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Vendredi 12 décembre 2014 5 12 /12 /Déc /2014 00:00

Tu étais tout-puissant, mais l’avion atterrit

En rampant sur la piste, tu redeviens fourmi

 

Au-dessus des têtes des passants, c’est marqué: “gants, bonnets, écharpes”, c’est l’été, on y vend des sacs à main, des foulards. Une petite fille voilée te tend des paquets de mouchoirs, tu lui donnes malgré tout un dirham. Tu entres dans une bouche de métro, tu paies un ticket avec tes euros, ça te fera aller vite à l’intérieur du sol. En marchant, tu évites les poulets vivants, attachés ensemble par les pattes. Le métro aérien règne sur Paris, sa structure en fer est comme dans les films. Ici, les gratte-ciels sont toujours inhabités, en bas la vie peine à prendre. L'air d'ici te surprend. Là-bas, il t'étonnera. Le Très Haut te comprend. Et Il compte sur ta foi.

 

Bientôt, le vol retour.

Calme-toi.

 

mouliade-paris-tanger.jpgimmeubles-tanger-paris.jpg

Par Ugo - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Mardi 2 décembre 2014 2 02 /12 /Déc /2014 00:00

Il y avait le morceau d'aluminium qu'on rompait en décapsulant les bières

Il y a le gaz qu'il faut bien penser à éteindre

 

Il y avait le boulevard, les virages, les avenues

Il y a la rue, les arrêts de bus, les allées

 

On allait à l'école, à l'usine, à la mer, chez des amis

On va à la pharmacie, à la poste, chez le médecin

 

On prenait un fraisier et du champagne

On prend une soupe

 

Il y avait les enfants

Il n'y a plus les enfants

 

Il y avait Jean Gabin

Il y a Jean Dujardin

 

On était trop jeune

On est trop vieux

 

Bientôt,

On n'est plus

Par Ugo - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Jeudi 20 novembre 2014 4 20 /11 /Nov /2014 00:00

En marchant dans Milan avec toi ce qui t'avait frappé c'était les terrasses pleines, les fils du tramway. On avait remarqué tous les deux cette église bizarre. Mais moi c'est cette fille qui t'a bousculé que je retiens.

On dit "Milan, Milan, c'est beaucoup de choses". pour nous, c'était surtout ça.

Ca et la mascotte Estathé. Y en a au moins 5 des photos de toi avec.

6 mois après, en regardant tes photos, en rapprochant les pointillés, Milan c'était pas une ville, pas un lieu, c'était des images. Des images de toi.


 

 

 

Par Ugo - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Jeudi 13 novembre 2014 4 13 /11 /Nov /2014 00:00

En rêve, tu passes la main sur son ventre, tu le découvres. Tu la découvres. Elle te regarde, elle soupire. Elle commence à avoir chaud. Toi aussi, mais tu essaies de ne pas lui montrer. Raté, tu vois la goutte de sueur sur ton front?

En rêve, son visage généreux, joufflu, souriant et toi sortez du bar, y a personne dans la rue. Elle te dit viens, on va plutôt par là. Alors, tu vas plutôt par là avec elle. Il fait froid d'un coup, parenthèse du dehors. Tu t'en rends pas compte, mais tu trembles un peu et ton cœur bat vite. Est-ce que tu vas faire des trucs interdits?

T'as des flashs de toi et elle. Elle devant, toi derrière par la main, tu matterais son cul moulé dans son pantalon rouge. Tu te vois déjà lui retirer sa ceinture. Tu ne sais plus ce qui interdit. Rien n'est interdit avec elle.

En rêve, vous vous enlacez, vous tournoyez chaudement, vous avez la même couleur de peau maintenant. Vu de l'extérieur, ça se mélange, alors tu ne sais plus quel corps est à qui. Bientôt, tu te fais envie toi-même. Ta propre chair te fait bander.


Et il y a cette fille qui se brosse les dents à côté de toi.

Gros dégueulasse. Il est temps d'aller te coucher.

 


m-aime-en-re-ve.jpg

Par Ugo - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés