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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 01:00

Le sourire du cuisinier, quand il observe discrètement les clients apprécier son entrée.

Le sourire de la comédienne, quand elle voit la salle se remplir entre les rideaux.

Et mon sourire à moi, quand je lis ma surprise sur ton visage.

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 01:00
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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 01:00

-Bon, tu fais quoi là?

-Rien, je te regarde.

-Depuis dix minutes?

-Je tourne un film minimaliste avec mes yeux.

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 01:00
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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 01:00

J’aime bien venir ici, même si mes potes trouvent que ça fait de la peine de manger en face de son reflet dans le miroir. J’ai pas beaucoup d’habitudes, et d’habitude je les fuis. Mais celle-ci, je l’aime bien.


Je viens déjeuner le vendredi dans ma brasserie préférée.


Ici, on est pas nombreux à déjeuner. Parfois, il y a une autre table, parfois deux, parfois pas. Les clients sont plutôt au comptoir. Mais les plats sont pas mal. je viens ici pour être dans mes pensées, plutôt que dans les conversations. C’est marrant, j’oublie régulièrement le livre ou le journal que je comptais apporter pour patienter. Du coup, je me retrouve face à moi-même, tourné vers ma vie intérieure, si on veut.


Un éclat de voix me sort de là. J’ai pas bien compris comment, mais ces deux types viennent de se rendre compte qu’ils sont nés le même jour. Mais pas la même année. Ca les rend tendres.


Au moment de lancer un poli “au revoir et à bientôt” aux habitués qui habitent le quartier, l’un d’eux me prend à partie. Il me parle des astres, des règles de la vie, de l’ouverture, de lumière. Tout ça tout emmêlé, sans transition, sans message. Comme dans sa tête, sans doute. Je me serais bien dit qu’il était bourré, mais c'est celui qui ne boit que du Coca.

 


Il s’arrête au milieu de son court monologue et me fixe. Presque fier. Il attend que je réagisse comme s’il avait dit quelque-chose d’intéressant. Je m’en sors, mais mal.


Je me demande s’il trouve des interlocuteurs qui savent tenir la conversation.

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 01:00
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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 01:00

En plongeant le plus loin possible, puis en remontant naturellement, ça donne à peu près ça.


L’amie de Maman qui m’offrait une peluche. Il fallait dire merci. Se laver les mains avec 4 cousins sous un seul robinet. Les poussières de crayon coincées entre le livre et le protège-livre, surtout dans les coins. Il fallait écrire proprement. Les tables de multiplication sur le dos du cahier de brouillon. Il fallait apprendre. Les châteaux de sable avec des meilleurs copains éphémères. Le tir à l’arc. Le nouveau collège, les gens qui se connaissaient, et pas moi. Les gens qui savaient embrasser, et pas moi. Les raisonnements logiques. Il fallait comprendre. Les infos au dîner, les élections, l’Irak. Sortir sans les parents. Embrasser enfin. Le scooter. La plus grande chambre. Partir en vacances sans les parents. Le printemps, le bac et l’herbe coupée. Partir de chez les parents. Penser et agir. Se construire. Le vélo volé. Aimer un peu. Laisser la caution. Être professionnel, ne pas faire d’erreur. L’assurance devant le client, pas un rictus de doute. Gagner de l’argent. Aimer vraiment. Changer d’appartement. Travailler plus. Mener un entretien depuis l’autre côté de la table. Faire un enfant. Travailler moins. Habiter plus loin de la ville. Changer de siège-auto, refiler l’ancien au deuxième. Emballer les cadeaux des enfants. Protéger leurs livres. Les amener au collège. Aller les chercher à 2 heures du matin, les voir ivres. Leur apprendre le respect. Se porter caution. Les accueillir le dimanche. Parfois. Remercier le copain de la grande pour les fleurs. La ménopause. On se dit que c’est passé vite, on s’embrasse. Partir en vacances sans les enfants. L'enterrement de papa. Celui de maman. Les livres. Grand-mère, c’est dingue. La flemme de gratter la voiture. Tricoter les cadeaux des petits-enfants. Les voir une fois l’an, tous d’un coup. Les voir une dernière fois. Néant.


L’eau est froide en profondeur. Très froide. On remonte à une vitesse constante, mais elle est presque toujours aussi froide. On a le temps de sentir les maigres variations de température, c'est agréable. En s’approchant de la surface, elle est vaguement tiède. Puis elle se réchauffe vite. Puis de plus en plus vite. Brusquement: on a le corps hors de l’eau, et l’activité est terminée.

 



Il faudra que cette chair sèche, bien sûr. Ca prendra du temps. Mais plus jamais on ne sera immergé. Plus jamais cette eau salée n’entrera dans nos poumons.

 

 

Image source: James Cooper, via satalienavvaa

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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 01:00
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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 01:00

Faut le comprendre aussi. Il l’a jamais vue avant, elle lui demande le rayon science fiction. Elle lui fait un bisou sur la joue, elle se fige une seconde, et puis elle s’en va.

Pas genre, elle s’enfuie. Pas non plus genre elle veut qu’il la suive. Nan, juste normal, genre, elle marche normal, genre je déambule à la fnac et il s’est rien passé.

Il est là depuis 11 heures ce matin, au milieu de l’allée à regarder la direction vers laquelle elle est partie.

Elle est plus là bien sûr. A l’heure qu’il est, elle a déjà réglé ses 2 Sheckley et sa clé usb trouvée en gondole de caisse, elle a récupéré le grand au foot et la petite au judo, elle est rentrée chez elle pour cuisiner et déjeuner, ils ont été tous les trois faire une grande balade en forêt jusqu’à l’heure du goûter, et là, elle règle 2 ou 3 trois trucs administratifs pendant que les enfants font leurs devoirs devant la télé.

Et lui il est là.

Il doit avoir faim maintenant. Monsieur? Faut pas rester là, Monsieur. On va fermer maintenant.

 

Image source: via leblogdeco

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 01:00

Depuis ses 21 ans, il a dû se lever à huit heures moins dix.

 

Huit heures moins dix, ce n’est pas trop tôt c’est bien. Monsieur Renard a de la chance: il n’habite pas loin de son travail, il n’a pas eu d’accidents de carrière, il mange peu au petit-déjeuner.

 

Tous les matins, huit heures moins dix annoncent la routine d’usage. Toujours récolter une boule de chaussettes dans le panier à boules de chaussettes. Toujours la Laguna dans la garage, véhicule acquis à des conditions avantageuses dès le début de sa carrière.

 

Monsieur et Madame Renard n’ont jamais eu d’enfants. Le week-end, ils prenaient la voiture pour faire du sport ou du tourisme un peu plus loin. A trente, parfois quarante kilomètres de chez eux. Si bien que sans s’en rendre compte, ils se levaient tous deux, tout le temps, à huit heures moins dix.

 

Huit heures moins dix, toute sa vie, pour un départ à neuve heure moins le quart et une arrivée à neuve heure pétante. Jeune, il était en retard aux réunions matinales. On l’appelait Monsieur Neuve-Heure avec humour, parfois une pointe de reproche. Cela amusait bien le jeune Renard: il savait au fond de lui qu’il était Monsieur Huit-Heures-Moins-Dix.

 

Grâce à sa régularité, Monsieur Renard a pu évoluer rapidement. On disait de son travail qu'il était rigoureux, jamais déstabilisant. Alors, lorsqu’on lui prévoyait un vol avant 10h, c’était non. “Beaucoup trop juste”, disait-il simplement.

 

Échelon après échelon, il a gardé cette habitude. Il l'a imposée à son équipe. Certains refusaient, mais les meilleurs tenaient le rythme, et le remerciaient.

 

Lors de son pot de départ en retraite. Monsieur Renard, 40 ans de boîte, a tenu un discours émouvant. Forcément. On lui a offert une belle montre, et puis il est parti pour de bon. Les plus anciens ont souri en remarquant que Monsieur Renard avait quitté l'entreprise à 19h50, très précisement.

 

Huit heure moins dix, ça a été bien pratique pendant toute la carrière de Monsieur Renard. Mais dès le premier jour de sa retraite, cette heure s'est révélée obsédante.

 

Monsieur Renard se lève toujours tous les matins à huit heures moins dix. Comme si on rebranchait toutes les nuits ce putain de réveil. Impossible de se rendormir. Tous les matins, une longue journée l'attend. A imaginer sa prochaine activité. S'occuper absolument pour passer le temps. Se fatiguer absolument pour pouvoir se coucher, et se lever toujours à cette salope d'heure moins dix de merde.

 

Madame Renard le sait bien: à ce rythme, Monsieur Renard ne va pas tenir longtemps.

 

Photo source via: Claudio

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