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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 01:00

Dès la première pression des lèvres, tu t’es sentie chez toi.

Le restaurant italien qui faisait des mini-tartines dans la rue: tu as goûté, tu es entrée, tu es restée.

Au magasin de tissu, cette mousseline a effleuré ta bouche, ton nez, tu ne l’a pas quittée de tout l’été.

Cette douche de plage, tu l’as activée sur tes cheveux, c’était froid. Tu as retenté bouche ouverte, tête levée, yeux fermés, tu es restée bien 5 minutes à t’enlever le sel.

Dès la première succion sur ton palais, c’était chez moi.

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 01:00

Ils discutaient de la ville où ils avaient tous les deux vécu, du lycée, des bars, du prénom du plagiste. Toi, pendant ce temps, tu ne voyais pas le temps passer. Tu observaient ses seins, trop pleins pour cette petite tunique rouge. Tu devinais ses tétons qui avaient marché dans la ville toute la journée sans se plaindre. Enfermés, emballés trop serrés dans du tissu travaillé. Il allait falloir les libérer.

 

Alors, oui, ces deux-là s’étaient trouvé un point commun, mais tu avais confiance.

 

Tu attendais patiemment.

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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 02:00

Ta peau endormie a de vagues reflets rouges. Par la fenêtre, c'est le calme. L'affichage digital du réveil indique 3:59 du matin.

Je t'observe.

Tu rêves peut-être.

C'est figé dans ma tête aussi tu sais. Je sais que je sais tout de toi. A 100% tout est vert, tout est rouge. Je n'ai pas voulu, mais j'ai pris ma décision, pardon.

Dehors, un scooter. Ta peau endormie se crispe. Les vagues rouges que forme la couette se désarticulent, se tordent pour fabriquer un nouveau paysage. Tu te tournes de ton côté. L'affichage digital du réveil indique 4:01 du matin.

Je t'observe.

Je sais déjà que c'est terminé.

Et toi, tu rêves.

Au matin, je te dirai.

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 02:00

C'est la fin de l'été. La fin d'après-midi.

Quand les excitations se posent, qu'on se demande à 19h30 si on va dîner à la maison ou non, et qu'être en communauté est une chance. Certains jouent au foot entre collègues, entre anciens lycéens, entre colocs ou en famille.

Toujours entre hommes.

Ceux qui jouent au foot en famille peuvent être très jeunes ou très vieux. Là, devant, sur le terrain en pente, le très jeune doit avoir quand même 4 ans, le très vieux peut-être seulement 60.

Mais ça joue au foot.

Ca fait des ailes de pigeon gentilles, des petits coups du foulards sur des ballons lents, des extérieurs qui ne décollent pas du sol, des talonnades freinées par l'herbe. Si quelqu'un d'autre voulait venir jouer, un homme, il serait accueilli certainement par un "oui, pourquoi pas" du doyen et par un "on joue doucement par contre", du jeune papa.

Ca a beau jouer doucement, ça cherche la mini-performance, ça veut provoquer les "bien joué" d'un public déjà acquis. Ca veut se souvenir de l'ancien temps. Ca veut prouver qu'on est un grand. Alors forcément, le petit Benjamin, 4 ans, se reçoit un ballon pas si fort que ça en plein visage.

Il tombe sur l'herbe humide. Se recroqueville. Puis il crie, il pleurt. Alors, il y a ce mouvement d'aspiration de tous les joueurs vers un point du terrain: comme vers les vestiaires, quand l'arbitre siffle la mi-temps sur un score nul. Tout le monde se précipite à son chevet comme une seule équipe.

Seul différent: l'auteur du dégagement malheureux s'approche de la victime un peu plus rapidement, avec les deux mains sur la bouche. Benjamin se fait frotter la tête, puis rejoint finalement les femmes un peu plus loin.

A 19h50, il a remis son manteau et donne du pain aux canards.

Le passage à l'âge enfant se fera l'été prochain.

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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 01:00

Vacances d'été. Patrice rejoint des amis dans une maison de campagne au Sud. C'est parfait, il va pouvoir parler de son travail. Sur le chemin, en train, il reformule, tente de préparer quelques phrases parfaites. Il veut décrire avec précision et passion ce qu'il fait dans la vie.

La première semaine est passée. Certains repartent déjà, chargent leur voiture. Patrice est abasourdi. Il ne comprend pas. Personne ne lui a encore demandé ce qu'il faisait comme métier. Ce n'est pas faute d'avoir demandé aux amis de ses amis ce que eux faisaient dans la vie. Simplement, personne ne lui a retourné la question.

Il a réussi à discuter d'autres sujets pourtant. Patrice n'est pas isolé. Bien sûr, il avait une opinion sur le réchauffement climatique, la montée de l'extrêmisme. Il a goûté comme tout le monde aux spécialités régionales. On ne peut pas dire qu'il n'ait pas eu de contacts avec les autres, il est en permanence entouré d'une dizaine de personnes.

Patrice ne comprend pas.

Patrice va craquer, il le sent.

Début de la seconde semaine - ou presque. Dimanche midi. Patrice va craquer. Il a engagé la conversation avec son nouveau voisin de table, lui a demandé ce qu'il faisait dans la vie. Nico bosse dans un café, mais il est bassiste. Et Nico ne s'intéresse pas à Patrice. Encore une fois. La fois de trop. Et la discussion roule sur d'autres sujets, les médicaments génériques, les jours fériés religieux.

Patrice craque. Il se lève: "Et bien moi! Pour ceux que ça intéresse! Je suis dans le BTP, okay? Pour ceux que ça intéresse." Dans un silence de plomb, Patrice fond en larme. Il court s'enfermer dans la salle de bain pour pleurer. Ca faisait longtemps.

Depuis le soupirail, il entend ses amis au jardin. Dans l'indifférence générale, on y parle maintenant des espèces protégées, des rencontres sur Internet et du tourisme responsable en Amérique du Sud.

Ce n'est qu'à l'heure de la douche qu'on retrouva Patrice tout pâle, au fond de la baignoire.

 

Image via Alison Scarpulla

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 01:00

C'est quelqu'un qui te dit qu'il n'a pas dormi, parce qu'il a pensé à toi. Il a pensé à toi, et il n'a pas dormi. Il a fait quoi alors? Il s'est posé, il s'est posé des questions, sur toi, sur tout, surtout sur toi. Sur lui aussi. Il a regardé le plafond. Il a pensé à toi et à lui et il n'a pas dormi. Et il te le dit.

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 00:00

C'était l'effervescence dans la boutique. On avait pas vu ça depuis des années. On avait déjà vendu 5 robes à 11 heures. A 19 heures, il y avait 4 personnes qui faisaient la queue. Pour ne mettre personne dehors, on a même fermé exceptionnellement vers 20h15! Exceptionnellement et définitivement.

C'était l'effervescence et puis maintenant c'est fini. Il y avait du monde, et maintenant personne ne s'émeut de la grille baissée.

Maintenant c'est un banal 29 mai 2015, rue de la Terrasse. Le temps est instable. Il a un peu plu en fin de matinée. Puis il y aura un orage en fin de journée.

Dans quelques semaines, le propriétaire louera à nouveau le local. On y achetera des cookies ou des lunettes. Et puis l'histoire recommencera.

Recto-Verso Prêt-à-porter apparaîtra encore dans Google Street View. Et puis, il n'apparaîtra plus. Bientôt, ça fera partie de l'Histoire Ancienne, celle qu'on se raconte le dimanche chez un photographe, un cliché en noir-et-blanc à la main. "Et tu vois là, c'était la rue de la Terrasse. Ca a changé hein?"

Dans le même sac que les 15 Janvier 1868, 10 Septembre 1949, 31 mai 1972, 15 Février 2005 et 23 mars 2012.

http://golem13.fr/wp-content/uploads/2014/05/Golem13-Paris-Liberation-1944-George5.jpg

 

 


Image: Golem13

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 00:00

Il avait mis la musique à fond. Bach. Il se tenait là, sur le canapé, sans rien faire. Les jambes plantées en équerre, le corps en avant, les avant-bras sur les cuisses. Ses mains ne se joignaient pas, il regardait fixement face à lui.

Quand elle est entrée dans la pièce, elle était effrayée. Pas par sa position, ni par la musique ou par ce qu’il tenait dans sa main, mais pas sa mine désoeuvrée. Ce rien. Pas un livre, pas la télé, pas la fenêtre, rien.

Quelqu’un qui ne fait rien, ça arrive. Mais lui. Lui, ne fait jamais vraiment RIEN.

Alors que faisait-il?

A quoi jouait-il?

Il fallait lui poser la question.

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 01:00

En fait, je préférais avant. Quand tu faisais semblant d’aller pas mal. Quand tu disais que tu faisais de la sophrologie et que la spiritualité, tout ça, ça te faisait du bien. Moi, je savais, mais je faisais semblant aussi.

Alors, depuis que tu as arrêté. Depuis que tu as arrêté de croire à toutes ces conneries, je pensais que ça allait me soulager. Que tu allais aller bien pour de vrai.

Mais au lieu de ça, tu as lâché. Tu vois le noir là il y a du noir, tu sens de la merde là où il y a de la merde. Tu vas pas bien, tu le dis toi-même. Alors merde, si tu le dis toi-même, c’est que tu vas pas bien.

Et comme tu dis que c’est comme ça, alors y a pas de raison que ça change, si?

Depuis, pour moi aussi les matins sont un peu plus froids.

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 01:00

May Day revient déjà. On était à peine rentré au printemps de l’hiver, et nous voici en été.

Peter Von Poehl revient encore. Et déjà cette vidéo a été uploadée il y a plus de 5 ans. Il y a 1 an, on l’écoutait comme ça. Elle était d’hier. Elle sera d’avant pourtant. Il y a 3 ans, il sortait un album. On le trouve déjà aujourd’hui récent, encore. Il y a 10 ans, on tweetait déjà.

Il y a 8 ans, le train de nuit, le Swebus, les auberges trop chères. Les panneaux qui changent d’alphabet, les guichets qui changent la monnaie, les drapeaux qui changent de couleur. La peau d’Ana. La voix de Peter. Sur l’album de Vincent, qui avait 1 an. J’avais 17 ans.

3 ans plus tard, retour là-bas. Plus longtemps. 3 ans, ce sera long. Les photos blanches, les nouvelles chaussures, l’éclatement des vaisseaux sanguins.

Avant, après, il y a le fait d’être maintenant. Marcher ici. Les clés du studio, les clés du vélo, le sens de l’orientation. La façon dont les semaines coulaient l’une après l’autre. Les lacs qui changent d’état. Pas la peau d’Ana. Hier. Ce sera il y a 5 ans.

Il y a 1 mois, il a eu 43 ans.

Le 1er mai. C’est déjà encore aujourd'hui.

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