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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 00:00

Il y a longtemps que pour toi, la distance entre Londres et New York se résume à 5 heures. En plus, quand tu es à Londres. En moins, quand tu es à New York.

 

Toutes les 2 semaines maintenant, régulièrement, tu changes d’appartement. Tu parles la même langue. Tu travailles avec les mêmes personnes, tu en rencontres d’autres.

 

Il y a des différences bien sûr. L’accent du chauffeur de taxi. La couleur des panneaux. La largeur des rues. L’étage de ton studio. La composition de ton petit-déjeuner.

Mais les films à l’affiche, l’architecture des bâtiments de bureaux du centre-ville, font que tu te sens chez toi, chez toi. Certains matins, tu te réveilles en ne sachant pas bien où tu es. Certains soirs, tu sors ne sachant plus d’où tu viens.

 

Mais la dernière fois, au terminal, alors que tu avais échoué pour la 18e fois de l’année à arriver juste au moment d’embarquer, tu as dû attendre. Panne de wifi ou panne d’envie, tu n’as pas travaillé.

 

Tu avais le regard dans le vague. En fixant le distributeur, tu envisageais une canette de Minute Maid. Tu mettais du temps à prendre ta décision et ton regard se fixait sur autre chose. Enfin, tu avais l’air disponible. Disponible, comme rarement tu as été disponible depuis tes 27 ans.

 

Alors, accrochant ton regard baladeur, un père de famille t’a tendu son appareil photo. C’était un numérique d’un autre âge. Minuscule objectif. Pas de GPS. Pas d’anti-tremblements. Zoom X3.

 

Tu as cadré les parents et leurs trois enfants sur fond de tarmac. Tu as bien respecté leur souhait de voir l’écran “New York - embarquement - retardé de 10 minutes” sur le côté du cliché.

 

Ca faisait 10 ans qu’ils en rêvaient. Ils ne pouvaient pas voyager à cause du petit dernier. Et même s’ils avaient pu, ils n’auraient pas pu se payer ce genre de voyage. Ils ont gagné ce voyage sur la page Facebook de la compagnie aérienne. Et ils avaient dû économiser une année supplémentaire pour couvrir les frais sur place, non-inclus dans le cadeau.

 

Ton trajet quotidien, c’était le voyage de leur vie.

 

Tu t’en es rapidement débarrassé. Physiquement, du moins. Ton regard est resté dans le vague pendant toute la première moitié du trajet. Et leurs regards…

 

Maintenant, tu somnoles. Tu te réveilles à intervalles réguliers car ton cou ne te soutiens plus. Tu te demandes si l’avion conduit à droite ou à gauche, tu reviens, tu te remets, tu commandes un café, tu échanges ta carte sim, tu te remets au travail.

 

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Une fois au sol, l'important reprendra.

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 00:00

Je lis sur un banc aujourd'hui. Pas toute la journée, je me suis seulement installé à 18h, mais disons que c'est le projet de ma fin d'après-midi. Sorti du travail tôt, je vais rejoindre ma famille plus tard. Un parc sur le chemin, un banc au hasard. Il faut savoir prendre du temps pour soi.

Entre deux pages, je fais une pause. Pour me laisser digérer le chapitre 4 et - une fois que j'aurais terminé le livre - ne pas trop le confondre avec le chapitre 5. Il y a des livres où le narrateur change d'un chapitre à l'autre, où l'histoire avance beaucoup, où on voyage d'un contient à l'autre. Dans ces livres là, on ne peut pas se tromper, mais celui-ci non. C'est un livre simple, à l'échelle d'une courte vie.

Alors, entre deux chapitres, je regarde autour de moi. Ici, un homme promène son chien. Là, une femme promène son enfant. Là, un homme promène sa mère. Seulement des gens qui s'aiment.

Mon regard se pose sur le banc. Encore des gens qui s'aiment, des +, des =, et des cœurs gravés. Il y a des voyageurs aussi: des prénoms, des années. C'est amusant de voir qu'Avril 2004, Juillet 2005 et Janvier 2002 côtoient Août dernier. A quelques centimètres d'écart. Il y a des prénoms espagnols, américains, mais français aussi.

Et puis, il y a des voyageurs qui s'aiment. Et puis il y a mon initiale. Et puis celle de mon ex. Mon écriture de l'époque gravée. 1999. Weekend à Lyon en car. On avait le temps, on connaissait pas. La route qui défilait, je te parlais et tu t'écroulais sur mon épaule ; je me taisais.

Et il y a ce cœur. Et il y avait la façon dont on s'aimait tous les deux.

Ce goût cuivré dans la bouche quand je te disais "je t'aime".

Et à quoi tu pensais quand tu me le disais.

Et à qui je pensais quand je te le disais.

 

Toi aussi, tu reviens sur ce banc de temps en temps?

 

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Photo: mrs__schu sur Instagram

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 00:00

De notre point de vue, les jambes, ça paraît pas très important. C'est en bas là, on les voit plus petites qu'elles ne sont. Et puis avant, il y a les bras, le torse, le nez pour certains.

Il faudrait se voir dans un miroir plus souvent, ou tenir une photo de soi pour s'en rendre compte. Ce sont des membres puissants, lourds, mobiles.

Les justifications de ce mec étaient totalement hors de propos.

Les jambes font la moitié de notre corps, et d'ailleurs elles valent bien mieux que ça. Tiens, prends une personne, coupe la en deux. Juste au-dessus des fesses. Tu as d'un côté, deux membres puissants, musclés, grands, bien sur leurs pieds. Avec un sexe au sommet - quoi de plus sensé? De l'autre, tu as un tronc gesticulant par terre. Incapable de marcher sur les mains car les jambes ne sont pas là pour lui donner l'équilibre.

C'est pour ça que je te dis que ça ne DOIT PAS être des membres inférieurs!

Un malade.

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 00:00

"Tu me fais du bien, t'es dans ma tête tout le temps, je te veux"

J'aime bien mon coin, mon ambiance. Le soleil est rasant à cette heure. En descendant plein Est dans cette rue, je suis ébloui par la lumière rose. Il y a des trompettes sur le trottoir et des cafés aux terrasses. C'est dimanche en plein jeudi. Le dimanche qui suit, toutes les religions monothéistes et polythéistes du monde vocifèrent les noms de tous les légumes et tous les poissons du monde. Sur le chemin du retour, les Vietnamiens boivent du thé à la menthe, les Britanniques achètent du tofu.

C'est la joie. L'harmonie.

 

 

"En réu mais bientôt fini, je t'appelle quand je te rejoins."

Petit bordel dans le quartier. A 16h30, ça se balade, pains au chocolat et nounous. Les enfants blonds ont des nounous antillaises. Les enfants d'origine antillaise sont avec leurs mères. Les enfants bruns et blancs sont avec leurs pères barbus aux cheveux longs. Les enfants aux yeux bridés sont avec de jeunes étudiantes en lettres aux cheveux frisés. Les enfants juifs courent autour de deux mères rieuses et généreuses.

Deux amoureux vont se regarder de travers de temps en temps. Ils s'en foutent.

 

 

"Mais si, je t'avais dit que ce soir j'avais un truc. Apprends à te passer de moi un peu non?"

Ca pue au marché du dimanche, c'est tendu. L'arabe engueule la chinoise "vous êtes des malpolis vous! des malpolis!". Les gamins ont l'air de vouloir grandir comme leur parents. Déjà, les petits Français ne parlent pas aux petits Roumains. Les petits Indiens grandissent parmi les petits Indiens. Cette grosse black traverse n'importe où, le Turc me rend mal ma monnaie et la lesbienne de l'étalage bio surjoue l'accent Parisien, c'est insupportable. Sur le banc, les gravures "David+Sandra" et "Kamal+Djamila" ne se mélangent pas. Et s'usent.

Il va falloir changer d'air.

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 00:00

Il gagnait 3500 euros brut mensuels maintenant. Bon, il était tranquille. Il travaillait bien, plutôt beaucoup, ses collègues le trouvaient assez agréable, volontaire, à part certains jours forcément, souvent des jeudis. L'assurance chômage tranche B était au taux de 2,4000%. Les charges patronales pour la formation continue s'élevaient à 56,00€. Il fallait déduire 31,88€ au titre de la retraite AGIRC TB. Ce mois-ci, il avait demandé à se faire rembourser 68,62€ de note de frais.


Ce jour-là, il partait au travail plus tard qu'elle, et reviendrait quand elle serait déjà endormie. Alors il avait retourné son bulletin de paie et avait écrit au marqueur en minuscules:

"je t'aime!

à cette nuit!

ton amour."

 

Recto-verso, ce bout de papier résumait assez bien M. Ponte.

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 00:00

Ca a commencé avec les plages l’hiver. Tu avais adoré aller à Concarneau en Février. Ca te donnait l’impression de mieux saisir les choses. Pas avec le brouhaha, pas avec les vacanciers, pas avec les vendeurs de glaces, les churros, les ballons en plastique sont dégonflés.

 

Alors tu as adoré aller à ton premier entretien d’embauche à pied, au lieu de prendre le métro. Pour 16 stations, tout le monde n’aurait pas fait la même chose que toi. On t’a demandé comment tu étais venu, tu as répondu à pied. Ah, tu habites pas loin? Si, pourquoi? Tu n’as pas eu le job, tu n’as pas su pourquoi.

 

Quand tu t’es rendu compte que 95% de tes collègues portaient des Jeans, tu étais heureux de faire partie des 5% restants. Ca a continué avec les Nokia 3310, que tu continuais à utiliser en 2009. Tu n’es pas vraiment végétarien, juste, tu ne manges pas de viande rouge. Tu as fait un enfant plus tôt que les autres. Si tu avais continué le foot, tu aurais été arrière-gauche, remplaçant.

 

Quand tu t’achètes un maillot de foot, tu prends le maillot extérieur.

 

Pourquoi tu fais ton original?

Tu réponds que tu tentes des solutions alternatives pour être heureux. La plupart des gens ont l’air malheureux, et pourtant tout n’est pas à jeter. Il y a peut-être un seul élément à changer. C’est probablement comme ça que tu trouveras la formule.

 

Vivre dans une maison verticale plutôt qu’horizontale. Boire systématiquement de l’eau pétillante plutôt que plate. Ne pas avoir de table à repasser. 

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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 00:00

Bah ça y est, la soirée commence.

 

Pinte à la main, tu vois la pub dans l’écran du bar comme un truc très réel. La fille jour au ping pong contre 4 mecs à la fois, puis elle gagne, les mecs s’énervent. Ce blond te parle encore de son métier intéressant. Tu penses à tes parents, à ton père, à son air sévère, son visage, qui te paraît loin, étranger, tu te demandes si c’est ton père. Les mecs de la pub se mettent à se battre, mais la fille les défonce, ils sont 4, elle est 5 fois plus rapide qu’eux à contrer leurs attaques, et elle trouve des éléments du décor pour les mettre K.O.. Ce mec est intéressant, oui, vraiment, mais quand même tu vas y aller. Tu te vois déjà pisser dans tes toilettes, puis prendre une douche, tu te vois te sécher, te mettre dans ton lit. Tu es dehors, on te propose un pétard, oui. Tu tires. Ta sœur, ta sœur lointaine, étrangère. Tu te dis que tu vis encore ce moment, peut-être encore pour la dernière fois, peut-être que c’est ce moment qui te reviendra en tête quand vieux tu penseras à ta jeunesse. Le pétard fait 3 tours dans ta tête, il a déjà fait presque un tour dans l’assemblée. Ca va être encore à toi. Il est tard, tu vas y aller, mais tu es bien. C'est drôle, ce mec a l'air de te réclamer ton attention, tu sens qu'il va pas te lâcher. C'est flippant, mais intéressant. 30 tours dans ta tête. Tu penses à toi-même. Ton propre visage, ton corps te parais loin, étranger.

 

Rentre, va, non?

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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 00:00

Oui

Chez sa grand-mère à 5 ans, on lui parlait mais elle rêvait. Elle passait son regard sur les éléments du décor. Des chats en porcelaine, des chats en point de croix, des chats en théière, des chats en vrai. La grand-mère aimait les chats, puis la grand-mère est morte. Elle s’est dit “c’est tout?”

 

Elle était au musée, il y avait des objets dont personne ne s’était réellement servi depuis des centaines, des milliers d’années. Sous ses yeux à elle. C’est vertigineux, elle se disait. Elle demandait pour chaque objet quand il avait servi pour la dernière fois, et combien de temps il avait fallu pour le fabriquer. On ne lui répondait pas toujours. On lui demandait principalement d’être sage et de ne pas parler fort. Elle se demandait, “c’est tout?”

 

Elle apprenait la façon dont on écrit les chiffres. “C’est particulier ça”, elle s’est dit, écrire des chiffres. Peut-on chiffrer des mots? L’exercice se résumait à mettre bout-à-bout 3 wagons colorés sur lesquels étaient inscrits des chiffres en lettres, pour former un chiffre en chiffres donné dans l’énoncé de l’exercice. Donc, pour “136”, il fallait mettre d’abord le wagon “Cent”, puis le “Trente”, puis le “Six”. Ainsi pour “203” et “510”, et on pouvait aller en récréation. “C’est tout?”

 

Dans la classe, on s’était organisé pour elle. Elle n’avait plus qu’à aller au rendez-vous, flâner au centre commercial avec le garçon, se laisser offrir un Orangina, puis accepter de l’embrasser. Elle l’a appelé son amoureux pendant le reste de l’année scolaire. C’est quand l’excellence? C’est pas maintenant les choses folles? Mais non, c’était tout.

 

Quand après l’examen, elle a partagé ses réponses avec les autres, fait part de ses problématiques, on lui disait qu’elle se posait trop de questions. Qu’elle aurait encore une bonne note et que c’était tout. Elle a eu une mention, fait une classe préparatoire, puis des études brillantes. Elle se demandait si vraiment ce serait tout.

 

Sa vie commençait enfin. Elle avait un travail, un salaire, un appartement, un copain, une ville où habiter, des commerces où aller, des amis à qui raconter tout ça. Ce que les gens raisonnables appellent “une situation”.

 

Ce n’était pas tout. Il fallait qu’elle fasse des petits-enfants à ses parents. Un fils à son mari. Il est né un 14 Octobre. Ca devait la rendre heureuse, elle devait le rendre heureux. C’était tout.

 

Elle se demandait de moins en moins si elle allait être transcendée dans sa vie, car visiblement c’était tout.

 

Elle revenait en train d’Avignon, le 20 août. Son fils lui demandait ce que c’était là. Elle répondait les chevaux. Et là? Là, c’est le Rhône. Et là les camions? Oui, les camions. On va vite! Oui, on va vite. Il se demandait la distance qu’on parcourait. Et par rapport à la distance entre la maison et l’école? Et par rapport à la longueur du chemin à vélo? Elle lui demandait d’être calme et de se tenir tranquille. Le plus simple serait probablement d’arrêter de s’exprimer et d’entamer un dessin. “C’est tout?” se demandait l’enfant.

 

Elle n’osa pas lui répondre.

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 00:00

Tu étais tout-puissant, mais l’avion atterrit

En rampant sur la piste, tu redeviens fourmi

 

Au-dessus des têtes des passants, c’est marqué: “gants, bonnets, écharpes”, c’est l’été, on y vend des sacs à main, des foulards. Une petite fille voilée te tend des paquets de mouchoirs, tu lui donnes malgré tout un dirham. Tu entres dans une bouche de métro, tu paies un ticket avec tes euros, ça te fera aller vite à l’intérieur du sol. En marchant, tu évites les poulets vivants, attachés ensemble par les pattes. Le métro aérien règne sur Paris, sa structure en fer est comme dans les films. Ici, les gratte-ciels sont toujours inhabités, en bas la vie peine à prendre. L'air d'ici te surprend. Là-bas, il t'étonnera. Le Très Haut te comprend. Et Il compte sur ta foi.

 

Bientôt, le vol retour.

Calme-toi.

 

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 00:00

Il y avait le morceau d'aluminium qu'on rompait en décapsulant les bières

Il y a le gaz qu'il faut bien penser à éteindre

 

Il y avait le boulevard, les virages, les avenues

Il y a la rue, les arrêts de bus, les allées

 

On allait à l'école, à l'usine, à la mer, chez des amis

On va à la pharmacie, à la poste, chez le médecin

 

On prenait un fraisier et du champagne

On prend une soupe

 

Il y avait les enfants

Il n'y a plus les enfants

 

Il y avait Jean Gabin

Il y a Jean Dujardin

 

On était trop jeune

On est trop vieux

 

Bientôt,

On n'est plus

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