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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 00:00

Il y a maintenant 5 ans. Toi et moi, allongés sur ce lit blanc. Nue, tu as remonté ta cuisse contre mes fesses. Ca aurait pas été pareil si tu avais gardé ton pantalon rouge.

 

Je te dis:

-I like you, I like being alone with you, I like making you cum.

On ricane un peu et j'ajoute: I like... where are you from again?

-Halmstad

-Right. I like where you're from too.

Tu me souris. Avec tes dents blanches. Tu te fous de ma gueule, on dirait. Je reste sérieux.

 

Le lit est blanc, dehors c’est blanc aussi. Il y a des traces d’avion dans le ciel, mêlées à de longs nuages fins, très horizontaux. Ou peut-être que je confonds. Il fait peut-être clair ce matin-là. Il fait peut-être bleu. En tous cas, il fait jour tôt, le soleil bas est éblouissant, la neige est toujours là.

 

Tu tournes la tête pour regarder par la fenêtre. J'ai tes cheveux un peu gras dans le nez, j'inspire profondément, j'aime bien ça.

Tu me dis:

-It’s tomorrow!

Je souris. Tu restes sérieuse.

-It’s actually been tomorrow for like an hour or two, you know?

-I didn’t realize...

 

Tu regardes dehors, je regarde ton ventre. Si tu me demandais, je dirais qu'il est laiteux. Mais tu me demandes rien, tu préserves le silence. Tu te demandes peut-être des trucs à toi, mais à moi non, rien.

Tu te retournes vers moi, je détourne le regard. La lumière a rendu tes yeux brillants, pétillants, un peu sensibles, fébriles peut-être. Putain, ils me font chaud dans le ventre. Ca va pas être facile quand t'auras disparu de ma chambre.

Est-ce qu'ils sont noirs ou bleus? Je saurais pas dire. Ils doivent être bleus foncés, et encore maquillés.

 

En fait, plus le temps passe, plus ce souvenir est blanc. A mesure que les éléments disparaissent, la photo se surexpose, et ce qu’il reste est sublimé.

 

Combien de temps avant que le soleil blanc ne brûle totalement nos rétines?

 

ventre.png

 


Image source: unknown


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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 00:00

Je suis sorti de la soirée sobre et seul. Comme ça allait être triste j'ai pris une bière dans un magasin ouvert tard. En plus de s'ennuyer, ces braves commerçants nous gardent des bières au frais, c'est formidable. C'est cher mais c'est formidable.

En marchant ma bière à la main, je faisais défiler les moyens de rentrer. Le métro, oui, il est encore temps. Le velib, ça peut le faire, je suis encore lucide. Le taxi, pourquoi pas, j'ai encore assez. A pied, ça peut prendre du temps, mais si je continue comme ça, j'y arriverai certainement un jour.

Et là, un arrêt de bus m'a coupé dans ma pensée. Il indiquait une ligne qui allait jusque chez moi. Le temps d'hésiter, le temps de regarder dans combien de temps le bus arrivait, et il était sur moi. J'ai fait un signe de main, mécaniquement. 2 euros.

En passant la Seine, j'ai pensé: on dira plus tard que l'expression "au bout du fil", vient du fait qu'avant il y avait un fil. J'ai raté mon arrêt mais j'étais content. J'allais pouvoir penser à ça pour m'endormir.

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 00:00

Tu manges des trucs chelou avec elle, y a un drogué à la caisse qui vous parle en Danois

Tu vas dans de beaux endroits avec elle. Ca tape. Y a des gamins qui jouent au foot

Et c’est avec elle que tu commandais des crêpes pourries en haut du Boulevard Magenta

 

Tu te déplaces avec elle et ses amis, sandwich avec vue, grands espaces, dans ce van dégueulasse

Tu vas la trouver derrière un bungalow, sous la douche. Elle ne t'y attend pas

Tu t'échappes avec elle, voiture de location, aire de repos, la pinède au petit matin

Et c’est elle que tu retrouves dans la foule, entre mille, au milieu de la ville

 

Tu vis des trucs cools

Vous aurez des souvenirs

La même ville pour vous deux

 

http://static1.squarespace.com/static/53296d92e4b0e8b344d54449/5332ebfee4b037471aa4133e/533858d0e4b0c6c570b790ed/1396201702181/you+are+my+favourite+place.gif?format=750w

 

 


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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 00:00

Ils montent les escalators tous les trois. Ils sortent du métro.

Là, Charles part à gauche, il rentre chez lui. A demain!

Eux vont pour traverser une rue. Il peut lui dire. Il y a de la publicité autour. Il peut lui dire. Une dame de 55 ans attend en face. Il peut lui dire.

C'est drôle, cette dame va pour entrer dans la bouche de métro. Elle fait peut-être le même trajet qu'eux en sens inverse, quel gâchis.

-...Hého, tu m'entends?

-Oui? Excuse-moi.

-Je disais: tu veux boire un verre ou tu veux rentrer direct?

C'est ça ou Franprix.

-Oh je sais pas. On peut prendre un verre oui.

Ils vont pour s'asseoir au café qui fait l'angle. Il y a la porte qu'il faut retenir. Ils sont installés. Il faut choisir. Ils commandent.

Ils vont être servis. Il peut lui dire. Il y a des discussions autour. Il peut lui dire. Il y a des chapeaux, des tirages de Rapido, des dominos, des sous-bocks avec marqué Pulco. Il peut lui dire.

C'est drôle, d'habitude c'est plutôt des sous-bocks pour de la bière et des présentoirs/ardoises pour des boissons sucrées, ici c'est l'inverse.

-Euh... c'est pour la demoiselle.

-Merci.

-Merci. Alors je...

-...

-En fait ouais, c'est cool qu'on se pose là parce que je voulais justement qu'on puisse discuter euh... voilà.

-...Ok. Bah dis-moi.

Il va devoir lui dire.

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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 00:00

Cette nuit, tu sors seul pour rien - tu devrais dormir.

Dans la rue, tu penses que tous les autres gens sortent pour une raison particulière.

Pour tu ne sais quelle raison, tu en es convaincu.

 


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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 00:00

Il y a longtemps que pour toi, la distance entre Londres et New York se résume à 5 heures. En plus, quand tu es à Londres. En moins, quand tu es à New York.

 

Toutes les 2 semaines maintenant, régulièrement, tu changes d’appartement. Tu parles la même langue. Tu travailles avec les mêmes personnes, tu en rencontres d’autres.

 

Il y a des différences bien sûr. L’accent du chauffeur de taxi. La couleur des panneaux. La largeur des rues. L’étage de ton studio. La composition de ton petit-déjeuner.

Mais les films à l’affiche, l’architecture des bâtiments de bureaux du centre-ville, font que tu te sens chez toi, chez toi. Certains matins, tu te réveilles en ne sachant pas bien où tu es. Certains soirs, tu sors ne sachant plus d’où tu viens.

 

Mais la dernière fois, au terminal, alors que tu avais échoué pour la 18e fois de l’année à arriver juste au moment d’embarquer, tu as dû attendre. Panne de wifi ou panne d’envie, tu n’as pas travaillé.

 

Tu avais le regard dans le vague. En fixant le distributeur, tu envisageais une canette de Minute Maid. Tu mettais du temps à prendre ta décision et ton regard se fixait sur autre chose. Enfin, tu avais l’air disponible. Disponible, comme rarement tu as été disponible depuis tes 27 ans.

 

Alors, accrochant ton regard baladeur, un père de famille t’a tendu son appareil photo. C’était un numérique d’un autre âge. Minuscule objectif. Pas de GPS. Pas d’anti-tremblements. Zoom X3.

 

Tu as cadré les parents et leurs trois enfants sur fond de tarmac. Tu as bien respecté leur souhait de voir l’écran “New York - embarquement - retardé de 10 minutes” sur le côté du cliché.

 

Ca faisait 10 ans qu’ils en rêvaient. Ils ne pouvaient pas voyager à cause du petit dernier. Et même s’ils avaient pu, ils n’auraient pas pu se payer ce genre de voyage. Ils ont gagné ce voyage sur la page Facebook de la compagnie aérienne. Et ils avaient dû économiser une année supplémentaire pour couvrir les frais sur place, non-inclus dans le cadeau.

 

Ton trajet quotidien, c’était le voyage de leur vie.

 

Tu t’en es rapidement débarrassé. Physiquement, du moins. Ton regard est resté dans le vague pendant toute la première moitié du trajet. Et leurs regards…

 

Maintenant, tu somnoles. Tu te réveilles à intervalles réguliers car ton cou ne te soutiens plus. Tu te demandes si l’avion conduit à droite ou à gauche, tu reviens, tu te remets, tu commandes un café, tu échanges ta carte sim, tu te remets au travail.

 

abcfbca1.jpg


Une fois au sol, l'important reprendra.

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 00:00

Je lis sur un banc aujourd'hui. Pas toute la journée, je me suis seulement installé à 18h, mais disons que c'est le projet de ma fin d'après-midi. Sorti du travail tôt, je vais rejoindre ma famille plus tard. Un parc sur le chemin, un banc au hasard. Il faut savoir prendre du temps pour soi.

Entre deux pages, je fais une pause. Pour me laisser digérer le chapitre 4 et - une fois que j'aurais terminé le livre - ne pas trop le confondre avec le chapitre 5. Il y a des livres où le narrateur change d'un chapitre à l'autre, où l'histoire avance beaucoup, où on voyage d'un contient à l'autre. Dans ces livres là, on ne peut pas se tromper, mais celui-ci non. C'est un livre simple, à l'échelle d'une courte vie.

Alors, entre deux chapitres, je regarde autour de moi. Ici, un homme promène son chien. Là, une femme promène son enfant. Là, un homme promène sa mère. Seulement des gens qui s'aiment.

Mon regard se pose sur le banc. Encore des gens qui s'aiment, des +, des =, et des cœurs gravés. Il y a des voyageurs aussi: des prénoms, des années. C'est amusant de voir qu'Avril 2004, Juillet 2005 et Janvier 2002 côtoient Août dernier. A quelques centimètres d'écart. Il y a des prénoms espagnols, américains, mais français aussi.

Et puis, il y a des voyageurs qui s'aiment. Et puis il y a mon initiale. Et puis celle de mon ex. Mon écriture de l'époque gravée. 1999. Weekend à Lyon en car. On avait le temps, on connaissait pas. La route qui défilait, je te parlais et tu t'écroulais sur mon épaule ; je me taisais.

Et il y a ce cœur. Et il y avait la façon dont on s'aimait tous les deux.

Ce goût cuivré dans la bouche quand je te disais "je t'aime".

Et à quoi tu pensais quand tu me le disais.

Et à qui je pensais quand je te le disais.

 

Toi aussi, tu reviens sur ce banc de temps en temps?

 

instagram.com-p-zVRlF_ignr.png

 


Photo: mrs__schu sur Instagram

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 00:00

De notre point de vue, les jambes, ça paraît pas très important. C'est en bas là, on les voit plus petites qu'elles ne sont. Et puis avant, il y a les bras, le torse, le nez pour certains.

Il faudrait se voir dans un miroir plus souvent, ou tenir une photo de soi pour s'en rendre compte. Ce sont des membres puissants, lourds, mobiles.

Les justifications de ce mec étaient totalement hors de propos.

Les jambes font la moitié de notre corps, et d'ailleurs elles valent bien mieux que ça. Tiens, prends une personne, coupe la en deux. Juste au-dessus des fesses. Tu as d'un côté, deux membres puissants, musclés, grands, bien sur leurs pieds. Avec un sexe au sommet - quoi de plus sensé? De l'autre, tu as un tronc gesticulant par terre. Incapable de marcher sur les mains car les jambes ne sont pas là pour lui donner l'équilibre.

C'est pour ça que je te dis que ça ne DOIT PAS être des membres inférieurs!

Un malade.

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 00:00

"Tu me fais du bien, t'es dans ma tête tout le temps, je te veux"

J'aime bien mon coin, mon ambiance. Le soleil est rasant à cette heure. En descendant plein Est dans cette rue, je suis ébloui par la lumière rose. Il y a des trompettes sur le trottoir et des cafés aux terrasses. C'est dimanche en plein jeudi. Le dimanche qui suit, toutes les religions monothéistes et polythéistes du monde vocifèrent les noms de tous les légumes et tous les poissons du monde. Sur le chemin du retour, les Vietnamiens boivent du thé à la menthe, les Britanniques achètent du tofu.

C'est la joie. L'harmonie.

 

 

"En réu mais bientôt fini, je t'appelle quand je te rejoins."

Petit bordel dans le quartier. A 16h30, ça se balade, pains au chocolat et nounous. Les enfants blonds ont des nounous antillaises. Les enfants d'origine antillaise sont avec leurs mères. Les enfants bruns et blancs sont avec leurs pères barbus aux cheveux longs. Les enfants aux yeux bridés sont avec de jeunes étudiantes en lettres aux cheveux frisés. Les enfants juifs courent autour de deux mères rieuses et généreuses.

Deux amoureux vont se regarder de travers de temps en temps. Ils s'en foutent.

 

 

"Mais si, je t'avais dit que ce soir j'avais un truc. Apprends à te passer de moi un peu non?"

Ca pue au marché du dimanche, c'est tendu. L'arabe engueule la chinoise "vous êtes des malpolis vous! des malpolis!". Les gamins ont l'air de vouloir grandir comme leur parents. Déjà, les petits Français ne parlent pas aux petits Roumains. Les petits Indiens grandissent parmi les petits Indiens. Cette grosse black traverse n'importe où, le Turc me rend mal ma monnaie et la lesbienne de l'étalage bio surjoue l'accent Parisien, c'est insupportable. Sur le banc, les gravures "David+Sandra" et "Kamal+Djamila" ne se mélangent pas. Et s'usent.

Il va falloir changer d'air.

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 00:00

Il gagnait 3500 euros brut mensuels maintenant. Bon, il était tranquille. Il travaillait bien, plutôt beaucoup, ses collègues le trouvaient assez agréable, volontaire, à part certains jours forcément, souvent des jeudis. L'assurance chômage tranche B était au taux de 2,4000%. Les charges patronales pour la formation continue s'élevaient à 56,00€. Il fallait déduire 31,88€ au titre de la retraite AGIRC TB. Ce mois-ci, il avait demandé à se faire rembourser 68,62€ de note de frais.


Ce jour-là, il partait au travail plus tard qu'elle, et reviendrait quand elle serait déjà endormie. Alors il avait retourné son bulletin de paie et avait écrit au marqueur en minuscules:

"je t'aime!

à cette nuit!

ton amour."

 

Recto-verso, ce bout de papier résumait assez bien M. Ponte.

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