Publicité

De l'air

Si tu réfléchis un peu, tu peux trouver des fragments qui t’ont fait devenir un adulte. Mais tu saurais pas dire vraiment ce qui t’a fait basculer de l’autre côté.

Il y a le fait de sortir d’un lit et d’aller directement dans la ville. Il y a le haut de sa cuisse. Les baignades dans le lac en sous-vêtements. Il y a la musique agressive. Rentrer à vélo tout seul. Le train de nuit, la nuit. Retrouver le creux sur sa joue.

Il y a s’échapper de la ville parfois, sans le dire à personne, errer dans les faubourgs le dimanche. Il y a arriver à ton stage à 10h50. Les chapeaux. Les cravates. Surtout les chapeaux en fait. Il y a ce café que tu n’as pas payé. Il y a le café.

Il y a le vélov’. Il y a la quittance de loyer. La lettre pour arrêter l’abonnement de la DartyBox. Il y a les rues que tu connaissais pas avant, dans lesquelles tu marches normal comme ça. Le permis de conduire. Le geste commercial pour la DartyBox.

Il y a la baraque à frites entre potes. Les rires qui éclatent, ralentissent, repartent. Le sable entre les orteils. Le sel sur les épaules.
Le bras gauche qui brûle, t’as pas de la crème sérieux? Il y a aussi les rires qui s’arrêtent. Résonnent. Et puis, il y a eu ce matin où tu t’es réveillé avant les autres. Tu es sorti sans les clés, juste avec 10 euros dans la poche. Tu as marché, tu as pris ce que tu pouvais sur le retour et tu es rentré 1h15 plus tard, pour le petit-déjeuner. Un pack de jus de fruits et des brioches à la main, comme pour t’excuser d’avoir pris un moment de liberté. Et tu ne t’es plus tout à fait reconnu. Dans le train de nuit du retour, tu savais que c’était fini.

C’est peut-être ça en fait, ce qui t’a fait grandir. Le temps est passé comme ça. En bouffées de solitude entre les moments ensemble. Sous forme d’air pur dans tes cheveux, à vélo ou à pied. Par petites brises.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article