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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 00:00

Elle se faisait chier avec les autres Erasmus. Les gens de sa génération n'en avaient que pour les idoles de leur génération. Elle n'avait pas de répondant dans les conversations sur Kim Kardashian, Paris Hilton, ou Nabilla. Pire, elle ne voulait pas en avoir. Elle ne voulait pas s'y connaître. Les futilités, c'était non.

Alors, au lieu d'aller aux soirées qui étaient trop loin, elle restait dans sa chambre, et elle regardait des vieux films. Et bientôt, au lieu d'aller aux soirées du campus, elle restait dans sa chambre et elle se passionnait pour Ingrind Bergman, Marlon Brondo, Gary Cooper, Jeanne Moreau.

Elle lisait leurs biographies en écoutant du jazz. Elle regardait des images d'archives, ce qu'on disait d'eux. Elle voulait déceler les secrets de l'évolution d'une moustache, d'une garde-robe. Elle comparait les âges des premières chirurgies esthétiques, des overdoses, des caprices de tournages. Elle apprenait par cœur parfois. Comme pour le bac. Elle voulait s'y connaître.

Au lieu d'aller en cours, elle chinait les Paris Match des années 1950 sur Price Minister. Elle mettait pause sur les Hitchcock, pour voir dans un regard, les signes avant-coureurs des tourments de la vie d'un tel ou d'une telle. Ce reflet au fond des yeux n'est aussi lumineux que dans les films en noir et blanc. Sans le son, on devine davantage.

Les cameos, les mouches qui se posent sur les acteurs, rien ne lui échappait. Elle avait passé 2 jours sur The Story of Dr. Wassell.

 

Et puis, elle a reçu ses Paris-Matchs. Le papier. Les typos. La date sur la couverture. Elle était émue.

Elle a mis un peu de temps, puis s'est décidée à l'ouvrir.

Les photos avec les muscles. Les robes et les chemises très blanches avaient pris la couleur un peu jaunie du papier. Le temps avait patiné les images. Les interviews. Elle connaissait toutes les références, toutes les allusions. Elle a dévoré son magazine, puis l'a refermé, l'a posé sur la table et s'est endormie.

A son réveil, elle avait toujours la même soif. Elle ouvrait à nouveau Paris-Match et dévorait des yeux les images. Elle lisait à nouveau, mais ça ne la rassasiait pas. Comme si elle mangeait des biscottes de rien. L'anecdote de Monroe en colère, déjà lue 52 fois, lui paraissait maintenant un peu sur-analysée.

Elle passait sur les phrases bateau : "C'est très agréable de travailler avec lui, il est très exigeant". Elle mettait ça sur le compte d'un journaliste trop précautionneux, qui cherchait les réponses les plus convenues.

 

Price Minister l'informait que le vendeur lui avait laissé un message :

"J'esper que vous avé bien recu le parismatch..... et que vous lapprecier!! si vous voulé en commandé dautre dite moi jen ai pleins!! notament..... le gala sur trieweler qui est introuvable!!"

C'était un jeudi. A 22h10. Soudainement, le monde lui paraissait vide de modèles. Ses dernières semaines inutiles. La robe d'Ingrid Bergman était fade, banale. Hitchcock était un people comme les autres. Jeanne Moreau était l'ancêtre de Nabilla.

Elle a pris une douche, elle a rejoint ses potes, et elle a fait semblant de s'intéresser à Games of Thrones.

 

 

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 00:00
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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 00:00

Tu vois, je suis un chat.

Je sais que j'ai ma gamelle à la maison. Mais je chasse par instinct. Par jeu.

Je suis domestiqué depuis si peu, tu sais.

Alors je minaude, je traque, et je rate ma cible exprès. Souvent, je bondis dans le vide.

Puis je rentre, et je réclame à manger. Je lape avec joie.

Un jour, je dis pas, je rentrerai peut-être les pattes en sang. Je déposerai sur le palier une souris ouverte, ou un moineau décapité.

C'est sûr, tu seras dégoûtée, ça te feras pas plaisir, c'est normal. Tu me feras comprendre que c'est mal. Mais tu me foutras pas dehors, non plus.

Je suis qu'un chat.

Tu me chasseras pas, dis?

 

 

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 00:00

L'amour, c'est comme une cigarette. Dans une forêt ensoleillée. Un jour de Juillet où il fait grand vent.

Est-ce que c'est ça l'Amour ? L'Amour avec un grand A. A moitié consumé.

 

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 01:00
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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 01:00

M. et Mme. Lisse avaient une vie sans accroc. Ils avaient toujours du papier toilette en avance. Jamais de vaisselle en retard.


Ils avaient eu 2,1 enfants - le premier aux 28 ans de Madame. Madame Lisse a ensuite fait poser un stérilet. Monsieur Lisse changeait les joints de la douche tous les 18 mois, et leurs brosses à dents tous les 3 mois. Quand leurs amis venaient dîner, toujours le samedi, toujours les mêmes, Madame Lisse préparait soit son gratin, soit son rôti, soit son pot-au-feu. Elle n’avait pas changé la recette de sa grand-mère. Et elle le disait: "Ah ma grand-mère! Il fallait pas changer sa recette...".


Ils avaient fait leur carrière dans la même entreprise. Ils époussetaient toutes les semaines leurs médailles d’anciennetés. Il avait 2 ans de plus qu’elle, mais ils étaient partis à la retraite le même jour.


Le monde ne souffre pas trop de la présence de M. et Mme. Lisse. Eux ou d'autres...


La liste de courses de M. et Mme. Lisse était déjà écrite sur le ticket de caisse de la semaine précédente. Depuis l'achat de cette maison, ils n’avaient jamais changé d’adresse. Pratique pour l’abonnement Ouest France.


A 3% près, ils payaient chaque année le même impôt.


Vivement que M. ou Mme. Lisse crève, qu’on rigole un peu.

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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 01:00

Le 23 avril 1983, [...] Spoerri organise une vaste performance. Un banquet réunit une centaine de personnes, parmi les happy few de l’art contemporain d’alors. Spoerri, fin cuisinier, fait préparer et servir des tripes et divers abats. Au milieu du repas, les plateaux des tables sont emmenés et déposés au fond d’une vaste tranchée, d’une quarantaine de mètres de long, que vient de creuser une pelleteuse. Tout est laissée en place : nappes, assiettes, couverts, verres, bouteilles, plats, vases de fleurs et même objets personnels intentionnellement déposés.

De fait Spoerri a demandé à chaque convive d’apporter ses propres couverts et assiettes, sachant qu’ils resteraient là. Puis on recouvre de terre, d’abord à la pelle, puis à la pelleteuse, l’ensemble du repas, baptisé Déjeuner sous l’Herbe en référence au Déjeuner sur l’Herbe de Manet, lui-même faisant écho au Concert champêtre du Titien (d’abord attribué à Giorgione) – ces deux dernières toiles ne mettent toutefois en scène que quatre personnages, deux hommes vêtus et deux femmes dévêtues, ce qui ne fut pas le cas au château du Montcel, en cet avril frais et pluvieux.

[...]

C’est l’anthropologue Bernard Müller, visionnant en 2008 le film déjà cité de Camille Guichard et Anne Tronche de 1997, qui découvrit l’existence de cette fouille perdue et contacta Daniel Spoerri, lequel donna son assentiment avec enthousiasme. N’annonçait-il pas lui-même en 1997 ce projet, s’il se faisait, comme celui des « premières fouilles de l’art moderne » ? 

 

 

Texte, via: Jean-Paul Demoule

Plus d'infos sur Le déjeuner sous l'herbe: http://dejeunersouslherbe.org/

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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 01:00
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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 02:00

Tu passes tes journées à apprendre. Je passe les miennes à essayer de comprendre.

Dormir. Finir aujourd'hui. Aller au lit épuisé. Sa mission accomplie.

Mais tu ne veux pas. Je suis plus fatigué que toi. Je marche de la chambre à la cuisine en traversant le salon. Puis de la cuisine à la chambre. Et encore vers la cuisine. Au rythme de mes pas, tu agrandis la tâche de bave sur mon t-shirt.

Je passe devant le miroir du couloir. Tu es une si petite chose dans mes si petits bras.

Je passe devant le miroir, et je vois tous ceux que j'ai vu avant moi essayer d'endormir un bébé. Je les vois un par un, je rembobine dans l'ordre anti-chronologique. Mon frère, mon ami, mon beau-frère, mon amie, mon cousin, ma tante. Et puis je vois aussi tous ceux que je n'ai pas vu. Mon père, ma grand-mère, sa mère. Un fil nous y lie.

Chacun d'eux avait ces yeux frémissants en face des leurs. Ce souffle irrégulier, qui se hâte parfois. Cette peau délicate. Chacun voyait la dépendance d'un jeune enfant. Chacun mesurait sa responsabilité. Chacun, épuisé, souhaitait qu'il dorme. Pour passer à autre chose. Passer au lendemain. Faire défiler le temps.

Et pourtant, pas de temps à perdre. Ces yeux-là, c'est maintenant.

Ils sont là, fixés dans les miens. Les miens mi-ouverts, mi-cernés. Les tiens très ronds, assoiffés, ceux de ta mère. Nous voilà tous les deux fixes, graves.

Je te dis: "Tu te rends compte qu'elle est belle cette image?" Tu ne dis rien.

Derrière, ta mère dis quelque-chose. On ne l'entend pas.

Passons à demain, tu veux bien?

 

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 02:00
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