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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 00:00
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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 00:00

Tu vois, je suis un chat.

Je sais que j'ai ma gamelle à la maison. Mais je chasse par instinct. Par jeu.

Je suis domestiqué depuis si peu, tu sais.

Alors je minaude, je traque, et je rate ma cible exprès. Souvent, je bondis dans le vide.

Puis je rentre, et je réclame à manger. Je lape avec joie.

Un jour, je dis pas, je rentrerai peut-être les pattes en sang. Je déposerai sur le palier une souris ouverte, ou un moineau décapité.

C'est sûr, tu seras dégoûtée, ça te feras pas plaisir, c'est normal. Tu me feras comprendre que c'est mal. Mais tu me foutras pas dehors, non plus.

Je suis qu'un chat.

Tu me chasseras pas, dis?

 

 

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 00:00

L'amour, c'est comme une cigarette. Dans une forêt ensoleillée. Un jour de Juillet où il fait grand vent.

Est-ce que c'est ça l'Amour ? L'Amour avec un grand A. A moitié consumé.

 

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 01:00
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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 01:00

M. et Mme. Lisse avaient une vie sans accroc. Ils avaient toujours du papier toilette en avance. Jamais de vaisselle en retard.


Ils avaient eu 2,1 enfants - le premier aux 28 ans de Madame. Madame Lisse a ensuite fait poser un stérilet. Monsieur Lisse changeait les joints de la douche tous les 18 mois, et leurs brosses à dents tous les 3 mois. Quand leurs amis venaient dîner, toujours le samedi, toujours les mêmes, Madame Lisse préparait soit son gratin, soit son rôti, soit son pot-au-feu. Elle n’avait pas changé la recette de sa grand-mère. Et elle le disait: "Ah ma grand-mère! Il fallait pas changer sa recette...".


Ils avaient fait leur carrière dans la même entreprise. Ils époussetaient toutes les semaines leurs médailles d’anciennetés. Il avait 2 ans de plus qu’elle, mais ils étaient partis à la retraite le même jour.


Le monde ne souffre pas trop de la présence de M. et Mme. Lisse. Eux ou d'autres...


La liste de courses de M. et Mme. Lisse était déjà écrite sur le ticket de caisse de la semaine précédente. Depuis l'achat de cette maison, ils n’avaient jamais changé d’adresse. Pratique pour l’abonnement Ouest France.


A 3% près, ils payaient chaque année le même impôt.


Vivement que M. ou Mme. Lisse crève, qu’on rigole un peu.

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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 01:00

Le 23 avril 1983, [...] Spoerri organise une vaste performance. Un banquet réunit une centaine de personnes, parmi les happy few de l’art contemporain d’alors. Spoerri, fin cuisinier, fait préparer et servir des tripes et divers abats. Au milieu du repas, les plateaux des tables sont emmenés et déposés au fond d’une vaste tranchée, d’une quarantaine de mètres de long, que vient de creuser une pelleteuse. Tout est laissée en place : nappes, assiettes, couverts, verres, bouteilles, plats, vases de fleurs et même objets personnels intentionnellement déposés.

De fait Spoerri a demandé à chaque convive d’apporter ses propres couverts et assiettes, sachant qu’ils resteraient là. Puis on recouvre de terre, d’abord à la pelle, puis à la pelleteuse, l’ensemble du repas, baptisé Déjeuner sous l’Herbe en référence au Déjeuner sur l’Herbe de Manet, lui-même faisant écho au Concert champêtre du Titien (d’abord attribué à Giorgione) – ces deux dernières toiles ne mettent toutefois en scène que quatre personnages, deux hommes vêtus et deux femmes dévêtues, ce qui ne fut pas le cas au château du Montcel, en cet avril frais et pluvieux.

[...]

C’est l’anthropologue Bernard Müller, visionnant en 2008 le film déjà cité de Camille Guichard et Anne Tronche de 1997, qui découvrit l’existence de cette fouille perdue et contacta Daniel Spoerri, lequel donna son assentiment avec enthousiasme. N’annonçait-il pas lui-même en 1997 ce projet, s’il se faisait, comme celui des « premières fouilles de l’art moderne » ? 

 

 

Texte, via: Jean-Paul Demoule

Plus d'infos sur Le déjeuner sous l'herbe: http://dejeunersouslherbe.org/

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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 01:00
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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 02:00

Tu passes tes journées à apprendre. Je passe les miennes à essayer de comprendre.

Dormir. Finir aujourd'hui. Aller au lit épuisé. Sa mission accomplie.

Mais tu ne veux pas. Je suis plus fatigué que toi. Je marche de la chambre à la cuisine en traversant le salon. Puis de la cuisine à la chambre. Et encore vers la cuisine. Au rythme de mes pas, tu agrandis la tâche de bave sur mon t-shirt.

Je passe devant le miroir du couloir. Tu es une si petite chose dans mes si petits bras.

Je passe devant le miroir, et je vois tous ceux que j'ai vu avant moi essayer d'endormir un bébé. Je les vois un par un, je rembobine dans l'ordre anti-chronologique. Mon frère, mon ami, mon beau-frère, mon amie, mon cousin, ma tante. Et puis je vois aussi tous ceux que je n'ai pas vu. Mon père, ma grand-mère, sa mère. Un fil nous y lie.

Chacun d'eux avait ces yeux frémissants en face des leurs. Ce souffle irrégulier, qui se hâte parfois. Cette peau délicate. Chacun voyait la dépendance d'un jeune enfant. Chacun mesurait sa responsabilité. Chacun, épuisé, souhaitait qu'il dorme. Pour passer à autre chose. Passer au lendemain. Faire défiler le temps.

Et pourtant, pas de temps à perdre. Ces yeux-là, c'est maintenant.

Ils sont là, fixés dans les miens. Les miens mi-ouverts, mi-cernés. Les tiens très ronds, assoiffés, ceux de ta mère. Nous voilà tous les deux fixes, graves.

Je te dis: "Tu te rends compte qu'elle est belle cette image?" Tu ne dis rien.

Derrière, ta mère dis quelque-chose. On ne l'entend pas.

Passons à demain, tu veux bien?

 

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 02:00
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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 02:00

Au départ, je trouvais ça bon d'essayer de me débrouiller seul.

Je trouvais ça honteusement bon, de rester dans Paris tout seul.

 

Le chauffeur du taxi s'éloigne. Je lui ai demandé de garder la monnaie. C'était un billet de 50, mais il était sympa. Maintenant, il me reste vraiment plus grand chose. Et je vais devoir m'en séparer. Ca va être chaud.

Deux semaines plus tard, me voilà sur mon matelas à même la rue. Sous ma couverture à trois trous : un pour mon pied droit, un pour mon pied gauche, et un pour ma bite. C'est pour pouvoir pisser sans avoir à se lever. Pour le reste, je suis couvert, j'ai ma dignité.

Quand j'entends les pas des premiers Parisiens de la journée, je leur fais une belle grimace, toute langue dehors. Dommage, ils peuvent pas en profiter, j'ai la tête sous ma couverture et ma montagne de paquets de mouchoirs. 8 maxi packs, c'était pile le bon prix pour me débarrasser de toute ma monnaie, jusqu'au dernier centime.

Pour le reste, je fais avec ce que je trouve en me baladant. Je prends ce que Paris rend. La salade laissée dans les gamelles en polystyrène jaune pâle des kebabs. Parfois du pain dont les pigeons ne veulent pas. Parfois je leur pose pas la question, et je leur vole. Il faut être à l'aise avec ce genre de pratique, c'est sûr.

J'ai aussi trouvé des ciseaux et de la ficelle. Ca c'est ce qu'il y a de mieux, je m'en lasserai jamais. J'enroule un bout de la ficelle à un arbre. Je la tends sur 5 ou 6 mètres. Je suspends une paire de ciseaux à la ficelle par le trou d'un des ciseaux (je sais bien que c'est prévu pour les doigts, mais moi j'y mets la ficelle). Et j'enroule l'autre bout de la ficelle à ma tête. Idéalement au niveau du nez. Le but du jeu, c'est de réussir à couper la ficelle avec les ciseaux, alors qu'ils sont justement suspendus à la ficelle.

Les passants veulent rarement jouer - je les comprends, c'est pas facile - alors c'est souvent moi qui m'y colle. En fait, tout le temps. C'est tout le temps moi qui m'y colle. C'est un jeu complexe. Et pas très durable. A chaque partie, la ficelle est de plus en plus courte. Alors quand j'aurai plus de ficelle, il faudra que Paris en rende une autre. En attendant, les ciseaux serviront pour les cheveux et la barbe.

Qu'il est bon de se débrouiller seul.

Qu'il est honteusement bon de rester dans Paris tout seul.

 

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